La fin d’un monde

Qui aurait aujourd’hui l’idée saugrenue d’essayer de lire une cassette VHS sur un lecteur DVD ? Qui pourrait encore songer à tenter de recharger son i-phone avec un câble Nokia de la fin des années 1990 ? Certainement pas grand monde. C’est pourtant exactement ce que font de trop nombreux dirigeants politiques, syndicalistes et faiseurs d’opinions lorsqu’ils essaient d’analyser le monde avec des analyses du passé.

Arrêtons donc de nous morfondre et de rabâcher « c’était mieux avant ». Cette stratégie du rétroviseur apparaît effectivement vouée à l’échec, non seulement parce qu’elle n’est techniquement pas possible, mais aussi parce que le monde d’hier et même celui des Trente Glorieuses n’étaient pas forcément mieux que celui d’aujourd’hui. Ils étaient au contraire marqués par plus de pauvretés, plus d’inégalités, plus de dictatures, plus d’opacités, moins de libertés, moins de technologies et moins de transparence.

Qui souhaiterait effectivement se retrouver en 1960 avec certes peut-être moins de pollution et de poulets aux hormones (quoique), mais une liberté d’expression réduite, une information limitée et contrôlée, un Paris-Marseille en 10 heures de train, un coût exorbitant des transports aériens et de la téléphonie, sans oublier une guerre froide éreintante ? Quant à revenir dans les années 1970 ou 1980, à part pour rajeunir, quel en serait l’intérêt puisque la crise avait déjà commencé ?

De plus, à l’époque, plus de 30 % de la population mondiale était sous-alimentée, contre 10,9 % aujourd’hui. C’est toujours trop, en l’occurrence 795 millions de personnes (selon les chiffres de la FAO : l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), mais quel progrès par rapport au 1,02 milliard de personnes qui souffraient encore de malnutrition en 1990 !
Cessons donc de nous rattacher à un monde qui n’existe plus. Oui, le monde qui nous a vu naître a bien disparu. Finie l’hégémonie des pays « riches », finie l’Europe unie, finie la finance reine et les profits faciles, finies les dépenses publiques à tout va, fini le règne du politiquement correct et des hauts fonctionnaires « à la française » qui ont toujours raison, finis les faux-semblants et les mensonges d’Etat qui ne trompent d’ailleurs plus grand monde.

Aujourd’hui, la donne a définitivement changé et il serait vain de laisser croire qu’un retour en arrière serait possible et a fortiori favorable. Ne nous voilons pas la face ! Désormais, ce sont bien les pays « émergents », Chine en tête, qui donnent le « la ». Non, la décroissance n’est pas une solution viable. Non l’immigration n’est pas un gage de dynamisme économique. A force de refuser le bon sens économique, l’Europe est au bord de l’implosion, tant d’un point de vue politique que sociétale. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont tentés par l’isolement. Les pays qui n’ont pas su optimiser leurs dépenses publiques et moderniser leur marché du travail sont condamnés à la croissance molle, au chômage élevé et à la déflation. A commencer par notre « douce France ».

Si nous continuons de tourner le dos à ces réalités, alors la stabilité économique et sociale volera en éclat. Pour éviter le pire, il est donc urgent de réformer en profondeur l’Europe, la zone euro et la France pour en faire des machines à croissance et à emplois. C’est seulement à ce moment-là qu’elles pourront chasser les peurs et redevenir des terres d’immigration fertile. Comme dit le proverbe chinois : « Lorsque souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d’autres des moulins. ». Comme je le défends dans mon nouveau livre « La fin d’un monde », employons-nous à faire les bons choix, à devenir des bâtisseurs qui ont compris que la fin d’un monde est avant tout le début de toutes les opportunités.

Marc Touati
Auteur de « La fin d’un monde » (Editions Hugo & Cie)

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