L’humeur de la semaine

Après avoir validé le budget français de 2015 par on ne sait quel miracle, la Commission européenne essaie de corriger le tir en rappelant qu’en 2016, la France portera le bonnet d’âne de l’Europe en matière de déficit public. Cette perspective n’est pas une surprise pour la simple raison que la France est le seul pays européen à refuser d’engager des réformes économiques structurelles depuis plus de vingt ans.

Pourtant, les occasions d’engager le pays vers une véritable modernisation n’ont pas manqué. En effet, au cours des vingt dernières années, les dirigeants français ont eu trois occasions claires d’engager l’Hexagone sur la voie de la baisse de la dépense publique et de la modernisation économique, ce qui lui aurait permis d’améliorer sa croissance, de réduire ses déficits et d’éviter par là même de plonger dans la spirale de la dette. Malheureusement, ces trois « aubaines » ont été littéralement gâchées.

La première occasion manquée date des années 1998-2000. À l’époque, la croissance était forte (près de 4 % par an), portée notamment par la révolution des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), une croissance mondiale vigoureuse, un baril peu cher et un euro faible. Il était donc aisé d’assainir les dépenses publiques et de supprimer celles qui sont superflues.
Pourtant, en dépit de ces « cadeaux du ciel », le gouvernement français de l’époque, en l’occurrence celui de Lionel Jospin, n’a pas eu le courage ou plutôt l’envie d’abaisser les dépenses et les déficits structurels. Pis, il les augmente, préférant mettre en exergue une « cagnotte » qui n’en est pas une. Comment peut-on effectivement parler de « cagnotte » alors que les déficits publics restent élevés ?! Contre toute rationalité économique et en toute irresponsabilité à l’égard des générations à venir, le gouvernement de l’époque transforme un excès de recettes fiscales conjoncturelles en un accroissement des dépenses publiques structurelles. Car, bien évidemment, dans l’Hexagone, lorsqu’on augmente une dépense publique, on ne revient quasiment jamais dessus.

france

Parallèlement, les dirigeants français choisissent de réduire la durée légale du travail et par là même d’augmenter le coût de celui-ci, tout en rigidifiant le marché de l’emploi. Ensuite, il y eut le krach Internet, les attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Afghanistan, et la croissance forte disparut pour ne plus jamais revenir, du moins dans l’Hexagone. Aussi, dès que la croissance a retrouvé un niveau plus normal (c’est-à-dire autour des 1 %), les déficits publics ont de nouveau explosé.

Cette stratégie court-termiste et par définition inefficace, ne portera d’ailleurs pas bonheur à son instigateur, puisque Lionel Jospin ne passera même pas le premier tour des élections présidentielles de 2002, permettant à Jacques Chirac d’être réélu avec plus de 80 % des voix.

D’où la seconde occasion gâchée, puisqu’en dépit de cette réélection avec un score digne d’un dictateur et bien qu’il entamait son second et dernier mandat, notre Président n’engagea aucune réforme de fond. Il y eut bien la réforme des retraites, dite « réforme Fillon », mais celle-ci s’avéra rapidement caduque dans la mesure où son cadrage financier tablait sur une croissance économique de 3 % et un taux de chômage de 4,5 %… Bien entendu, ce dernier est vite remonté vers les 9,5 % dès 2006.

La roue a cependant tourné une nouvelle fois. Grâce à un effet de rattrapage de la faiblesse passée, mais surtout grâce à une croissance mondiale forte, l’économie française a renoué avec un semblant de dynamisme. La progression du PIB s’est redressée au-dessus des 2 % et le taux de chômage est reparti à la baisse pour atteindre un point bas de 7,2 % au premier trimestre 2008.

Mais, la malchance s’est encore acharnée sur notre pauvre économie. Celle-ci a donc connu un troisième gâchis à partir de 2007, année qui devait marquer le lancement d’une rupture, qui ne vint jamais. Ainsi, alors que la crise des subprimes n’a pas encore éclatée, le Président Sarkozy promet qu’il va diminuer les dépenses publiques, moderniser la France et redonner du travail et du pouvoir d’achat à un maximum de Français. Malheureusement, il n’en a rien été et la première année de cette Présidence n’a pas été utilisée pour réduire la dépense publique, ni la pression fiscale, ni encore les rigidités du marché du travail. Certes, certaines réformettes ont été effectuées, mais elles ont été bien insuffisantes par rapport à celles qui étaient indispensables.

Le baril à 150 dollars, l’irresponsabilité de la BCE, l’euro à 1,60 dollar, la faillite de Lehman Brothers, la crise financière, puis celle de la dette publique et enfin celle de la zone euro ont alors fait le reste. La France a logiquement plongé dans la récession et le chômage a flambé. Ainsi, bien qu’ayant été élu sur un programme de baisse des dépenses publiques, le Président Sarkozy ne parvint pas à tenir ses promesses et quitta l’Élysée avec un ratio de dépenses publiques / PIB de 56 %, soit presque 4 points de plus qu’à son arrivée.

euroFace à de tels gâchis, la France est donc naturellement tombée dans la marmite de la « bulle de la dette », perdant au passage son leadership économico-politique européen au profit de l’Allemagne. La vie, y compris politique, est une succession d’opportunités. Il s’agit de ne pas les gâcher…

Aujourd’hui encore, rien n’est fait pour remédier à ces erreurs. Ainsi, au plus bas dans les sondages et n’ayant donc plus rien à perdre, François Hollande aurait également pu jouer le tout pour le tout et engager enfin la France sur la voie de la modernisation économique. Mais une fois encore, comme vient de le démontrer le Président français lors d’une nouvelle émission télévisée pour rien, la maladie de l’immobilisme et la démagogie de la méthode Coué ont pris le dessus.

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